Foi baha’ie et citoyenneté, par Esther Zana-Nau

Foi baha’ie et citoyenneté

Esther Zana-NauColloque organisé par l’Union des Enfants d’Abraham
pour le centenaire de la loi 1905 sur la laïcité française
(Chambéry, 10/12/2005)

I. Foi baha’ie et laïcité
II. La Foi baha’ie, un engagement citoyen : Comment vivons-nous notre Foi dans la relation aux autres et dans la société ?

Le dialogue inter-religieux est une urgence pour aujourd’hui, pour la paix et le bonheur de l’humanité. En effet, nos sociétés sont confrontées à des défis entièrement nouveaux et urgents qui mettent en cause l’avenir même de l’être humain et de la société. C’est pourquoi les rencontres inter religieuses sont socialement UTILES et humainement NECESSAIRES.

SOCIALEMENT UTILES car la question : quel est le ciment intérieur qui confère sa cohésion à une société ? est plus que jamais d’actualité. La Foi pourrait agir comme un régulateur social pour restaurer ou promouvoir la solidarité, en freinant la dégradation croissante des liens sociaux traditionnels et la régression du civisme.

HUMAINEMENT NECESSAIRES car le retour du sacré – d’ailleurs la dimension spirituelle de l’homme a-t-elle jamais disparu ?- se manifeste aussi de façon désordonnée, par l’extension des foyers de tension et des conflits, par des replis communautaires et par la multiplication des sectes, plutôt que par une foi qui inspire la confiance en l’homme et travaille pour la paix universelle.

De plus, la question de la dignité humaine est sans cesse posée face aux dérives de l’économie et de l’absence ou l’insuffisance de mécanismes de solidarité réelle et sincère devant la fracture sociale. De même, elle se trouve posée face aux dérives de la science avec le développement non éthiquement contrôlé des biotechnologies, ainsi que face aux dégradations de l’environnement qui remet en cause le droit des générations futures.

A ces questions sociétales et humaines, ni la science ni l’économie ne peuvent apporter de réponse, car il s’agit de questions de sens : qu’est-ce qu’une existence humaine personnelle ou une société humaine digne de ce nom ? Quel est le sens et le but de nos vies ?

Question aussi du bien. Qu’est-ce que le bien pour l’être humain et pour la société ?

C’est à ce titre que je souhaiterais remercier chaleureusement l’Union des Enfants d’Abraham de m’avoir invitée à ce colloque qui célèbre le centenaire de la loi du 9 décembre 1905, loi qui exprime le cadre juridique spécifique de la séparation, de façon à la fois organique et fonctionnelle, entre les Eglises et l’Etat.
Nous célébrons en même temps aujourd’hui, la Journée Internationale des Droits de l’Homme. Cette coïncidence de dates n’est certainement pas fortuite, tant la liberté de conviction religieuse, la liberté de choix que la laïcité cherche à protéger constituent certainement des Droits de l’Homme fondamentaux, encore trop souvent hélas! bafoués dans plusieurs régions du monde.

Nous savons que les fondements du pacte républicain en France reposent sur 3 piliers indissociables: liberté, égalité, fraternité. La laïcité est certainement la pierre angulaire de ce pacte en ce qu’elle exprime de façon transversale le respect de ces 3 fondements qui conditionnent la qualité de notre vivre ensemble.

La laïcité est une spécificité française, la France est le seul pays européen à avoir explicitement consacré ce principe dans sa Constitution, exprimant la volonté d’offrir à ses citoyens qui sont de convictions religieuses différentes un cadre social respectueux des différences et la liberté reconnue à chaque citoyen de choisir sa vie spirituelle.

La laïcité, de ce fait, me parait antinomique avec toute notion de soumission servile à un dogme et tout repli communautaire.

J’aimerais vous présenter tout d’abord la relation entre la Foi baha’ie et la laïcité et vous parler dans un deuxième temps, de la conception qu’elle propose de la notion de citoyenneté.

I. Foi baha’ie et laïcité

Bien que cela puisse paraître paradoxal, je peux affirmer que la Foi baha’ie, depuis plus d’un siècle et demi a ouvert la voie à la laïcisation de la société et a instauré un "humanisme religieux". ( voir l’excellent article paru dans le Monde Diplomatique : La Foi baha’ie, un humanisme contre les fanatismes, écrit par William Hatcher, qui vient de quitter ce monde)
Cela se retrouve au niveau institutionnel, au niveau des valeurs et de la façon de vivre la Foi. Ce dernier point nous amènera à développer notre 2e partie, c’est-à-dire notre conception de la relation à l’autre et à la société, notre engagement citoyen.

– Au niveau institutionnel, d’abord :

Si l’on revient à l’origine du mot " laïcité " qui vient du grec " laïcos " qui veut dire " du peuple " par opposition à " clericos " : " du clergé ", on voit que la laïcité a un rapport étroit avec les idées de démocratie et de république. Elle consiste à faire du peuple, du peuple tout entier, sans distinction, la référence unique des institutions. Elle est donc une autre façon de dire le principe d’égalité des citoyens devant la loi.

L’une des lois révélées par Baha’u’llah concerne l’abolition de tout clergé professionnel, loi qui, parmi tant d’autres considérées comme révolutionnaires et dangereuses par l’ordre clérical de l’époque, est certainement à l’origine des 40 années d’emprisonnement, d’exil et de souffrances du Fondateur de la Foi baha’ie.

En tout état de cause, La foi Baha’íe ne possède pas de clergé et personne ne peut s’y prévaloir d’un rang spécial ni prétendre à une direction quelconque, surtout pas des consciences ! C’est uniquement aux institutions créées par les Écrits Saints Baha’ís qu’est réservée toute autorité, et il s’agit bien d’autorité et non de pouvoir. Ces institutions sont des collèges élus de façon démocratique et sans campagne électorale préalable. Tous les croyants sont éligibles et les membres sont élus par l’ensemble de la Communauté, sans aucune distinction de rang social ni d’origine. Les membres des Institutions ne sont pas dotés de privilèges quelconques, ils sont élus pour servir l’ensemble de la Communauté. Cette notion de service sera reprise et explicitée dans la 2e partie.

Quant à la relation des croyants avec les gouvernements des Etats où ils se trouvent, elles se doivent d’être empreintes de loyauté et de respect absolu des lois en vigueur.

– Au niveau des valeurs et principes :

Si la laïcité implique le respect de la liberté de conscience, il faut veiller à ce que cette liberté de conscience ne reste pas un vœu pieux mais qu’elle soit le résultat d’un ensemble de conditions qui permettent l’émancipation des consciences individuelles par la raison et donc l’accès à l’universel. La principale de ces conditions est l’éducation qui permet l’acquisition non seulement de savoirs, mais également d’une capacité de raisonner et de développer la faculté de comprendre par soi-même, de questionner, de refuser l’enfermement dogmatique en se soumettant et en soumettant tout savoir à la critique rationnelle.

Baha’u’llah a introduit le principe de la recherche personnelle et indépendante de la vérité et fait de la Foi le résultat d’un cheminement personnel qui ne doit être ni hérité, ni imposé, ni accepté de façon aveugle, mais de façon raisonnée et logique. Pour cela, il faut développer les qualités de raisonnement, de discernement et l’esprit critique qui libère des préjugés et des peurs dus souvent à la méconnaissance ou à l’ignorance. Baha’u’llah charge les parents et la Communauté du devoir sacré d’offrir à leurs enfants, tous leurs enfants et s’il le faut, en priorité aux filles, une éducation. L’éducation est donc obligatoire et universelle. L’éducation, mais pas n’importe laquelle, pas celle qui consiste à accumuler des savoirs qui commencent et finissent par des mots, mais l’éducation des esprits comme indiqué plus haut et des caractères sur la base de valeurs humaines de caractère universel que tous les Messagers divins nous ont enseignées, l’éducation qui permette à chacun d’assumer ses responsabilités de citoyen, libre et responsable.

" L’homme est le talisman suprême – lisons-nous dans les Écrits baha’is – Mais, faute d’éducation convenable, il a été frustré de ce qui lui appartient en propre."

" Considérez l’Homme comme une mine riche en pierres précieuses d’une valeur inestimable. L’éducation peut à elle seule l’amener à lui faire livrer ses trésors et permettre à l’humanité d’en profiter "
(Baha’u’llah, Tablettes de Baha’u’llah, p. 170)

Cette éducation est elle-même un processus qui se doit d’être régulier, systématique et durer toute la vie, car les pulsions, les tentations de l’ego sont là, prêtes à resurgir à la moindre épreuve :

" L’homme est au rang suprême de la matérialité, et au commencement de la spiritualité; c’est-à-dire qu’il est la fin de l’imperfection et le commencement de la perfection.
Il est au dernier degré des ténèbres et au commencement de la lumière; aussi a-t-on dit que la condition de l’homme était la fin de la nuit et le commencement du jour; c’est-à-dire qu’il réunit tous les degrés des imperfections, et possède les degrés des perfections.
Il a le côté animal aussi bien que le côté angélique; et la raison d’être de l’éducateur est d’instruire les hommes de façon que le côté angélique l’emporte sur le côté animal. " (Abdu’l-Baha, Les leçons de St-Jean d’Acre)

Un des défis que la laïcité a aujourd’hui à relever face à une certaine forme de retour du religieux dans le sens fanatique du terme notamment, est de promouvoir une forme de spiritualité non dogmatique conciliable avec la liberté de conscience. La Foi baha’ie pose comme principe l’unité de la religion et de la science :

" Nous pouvons comparer la science à une aile et la religion à une autre aile. Pour voler, l’oiseau a besoin de deux ailes; une seule lui serait inutile.

Toute religion qui contredit la science ou qui lui est opposée n’est que de l’ignorance, car l’ignorance est le contraire de la connaissance. La religion qui comporte uniquement des rites et des cérémonies routinières n’est pas la vérité.

La religion et la science marchent la main dans la main, et toute religion en contradiction avec la science n’est pas la vérité. "
(Abdu’l-Baha, Causeries d’Abdu’l-Baha à Paris)

Si nous adoptons une démarche qui soit ouverte uniquement à la religion, nous tomberions dans le superstitieux et le rituel. Mais si notre démarche ne reconnaissait que la science, nos tomberions alors dans le matérialisme.

Cette conception nous ouvre à la relativisation de tout savoir, de toute vérité, même la vérité religieuse ou notre compréhension de ce que pourrait être cette vérité. Par le principe de la révélation progressive, la Foi baha’ie introduit la notion de processus dans tout développement humain, rien n’est figé, rien n’est donné une fois pour toutes, tout est inscrit dans un schéma d’évolution, de vie, de remise en cause, de transformation. Cela constitue bien entendu, un garde-fou solide protégeant de tout enfermement dogmatique.

II. La Foi baha’ie, un engagement citoyen : Comment vivons-nous notre Foi dans la relation aux autres et dans la société ?

La vie baha’ie est dépourvue de rituels- même si la spiritualité y est très vivante, nous prions en toute occasion et organisons régulièrement des réunions de prières ouvertes à tous- et elle est marquée par un esprit d’apprentissage permanent. Nous sommes encouragés par nos Institutions à étudier par nous-mêmes les Ecrits. Nous le faisons souvent- et ce, partout dans le monde, à l’occasion de cercles d’études réunissant des baha’is de tous horizons et leurs amis, croyants ou non d’ailleurs, quelles que soient leurs convictions.
N’étant pas dotée de clergé, la Foi Baha’ie fait de chaque individu le centre de la vie de la Communauté. C’est l’individu qui a l’initiative et la liberté de vivre sa Foi en conscience et d’en respecter les commandements. Le respect des Lois se fait non par peur du jugement d’autrui car personne ne peut s’arroger le droit de juger ou de vouloir " remettre sur le droit chemin ", ni par peur du Jugement dernier, mais par amour pour Dieu et par volonté consciente de se rapprocher de Sa Beauté.

Les baha’is vivent leur Foi en ouverture fraternelle avec les autres, autre croyant de la Communauté, autre croyant d’autres Communautés, non croyant, agnostique, différent, car le tout premier principe qui nous régit est celui de l’unité :

"L’objet fondamental de la Foi de Dieu et de Sa religion est de sauvegarder les intérêts de la race humaine, d’établir son unité et de développer entre les hommes l’esprit d’amour et de fraternité. Ne souffrez pas que cette Foi devienne, parmi vous, une source de trouble et de discorde, de haine et d’inimitié. Tel est le droit chemin que vous devez suivre, la fondation immuable sur laquelle vous devez bâtir[…] Attachez-vous à ce qui vous rapproche les uns des autres et vous unit "

"Le bien-être de l’Humanité, sa paix et sa sécurité ne pourront être obtenus, si son unité n’est pas fermement établie "
(Baha’u’llah)

Cet appel à l’unité n’est pas un appel à l’uniformité ni une incitation à abandonner sa croyance dans les vérités fondamentales de sa religion. Bien au contraire ! Elle est reconnaissance que, quelles que soient les différences entre les lois édictées par les religions et qui s’expliquent par la diversité des conditions et des besoins propres aux époques où ces ordonnances ont été révélées, les hommes tirent tous leur inspiration spirituelle d’une même source céleste et sont tous les sujets d’un seul Dieu qui est Amour. Les religions sont toutes des expressions diverses de la même réalité divine et tout autre enrichit qui je suis et fait que je sois. Car c’est dans la relation à l’Autre que j’existe et me définis. Il me permet de sortir d’une solitude destructrice, il est mon vis-à-vis qui me permet de parler, d’éprouver des sentiments, de réfléchir, de créer … en fait, de vivre mon expérience de vie…sans tout cela, je ne serais pas un humain.

" Fréquentez tous les hommes […] dans un esprit amical et fraternel.[…] Un langage bienveillant est l’aimant qui attire le cœur des hommes. C’est le pain de l’esprit.[…]il est la fontaine d’où coule la lumière de la sagesse et de l’intelligence "
(Sélection des Ecrits d’Abdu’l-Baha)

" Que vos relations avec vos semblables soient toujours empreintes d’amour et d’harmonie, de l’esprit le plus amical et le plus fraternel. "
(Baha’u’llah – Extraits des Écrits, CXXXII)

C’est dans la rencontre de l’autre, dans sa fréquentation même nous dit Baha’u’llah, ce qui implique plus d’amitié et d’intimité encore que la simple rencontre, que souffle l’Esprit.

Cela me rappelle ces paroles de Lévinas: " J’ai pensé que c’est dans le visage d’autrui que Dieu me parle ‘pour la première fois’. C’est dans la rencontre de l’autre qu’il me ‘vient à l’esprit’ ou ‘tombe sous le sens’. "

Le regard sur l’autre, sur tout être humain est un regard empreint de révérence, celle que l’on doit à ce qui est sacré, empreint de respect et d’un amour détaché de tout désir égoïste ou de toute attente. Cet amour est expression de notre amour pour Dieu et dans le fait que nous voyons le visage de Dieu en chaque être humain. Pour les Baha’is, Dieu réside dans le cœur des hommes et développer des relations cœur à cœur avec nos frères humains, c’est nous rapprocher de Dieu.

Cela étant, il nous faut rester lucide : cette posture est d’une exigence élevée. C’est la haute aspiration de nos cœurs de nous rapprocher de ce standard prescrit et vécu par Baha’u’llah et ‘Abdu’l-Baha qui nous inspirent et nous guident. Mais la spiritualité est un cheminement et un processus, un travail actif, en conscience et qui fait appel à nos capacités fondamentales de connaissance, d’amour et de volonté.

Un regard d’une telle élévation sur le rang de l’être humain allié à un tel esprit d’apprentissage ne peuvent que nous permettre d’aller à la rencontre de l’autre avec joie, avec soif de découvrir en l’autre ces belles potentialités et de construire des relations faites d’estime réciproque et d’enrichissement mutuel.

Baha’u’llah nous conduit encore un pas plus loin. Il affirme que le développement spirituel de chaque individu influe sur le développement de la civilisation :
" L’amélioration du monde peut s’accomplir par des actes purs et bons, par une conduite louable et convenable ", nous dit-il

C’est donc par une prise en charge libre, personnelle, consciente de notre propre développement spirituel, aussi bien que par nos actions volontaires et engagées au service de l’Autre, de la société en général que nous pouvons grandir sur le sentier de Dieu. Notre liberté est indissociable de notre responsabilité.

" Nous avons été dotés de sens et de facultés pour les vouer au service du bien commun afin que, nous distinguant par rapport à toute autre forme de vie par la perceptibilité et la raison, nous puissions travailler en tout temps et de toute manière, que l’occasion soit grande ou petite, ordinaire ou extraordinaire, jusqu’à ce que l’humanité entière soit à coup sûr rassemblée dans la forteresse imprenable de la connaissance.

Nous devons constamment établir de nouvelles bases pour le bonheur humain, créer et promouvoir de nouveaux instruments à cette fin.
Combien excellent, combien honorable est l’homme qui se dresse pour affronter ses responsabilités.
Combien misérable et méprisable est celui qui ferme les yeux au bien-être de la société et gaspille sa précieuse vie à la poursuite de ses propres intérêts et de ses avantages personnels. Le bonheur suprême appartient à l’homme et si dans l’arène de la civilisation et la justice, il éperonne le coursier de ses efforts, il verra les signes de Dieu dans le monde et dans son âme. "

Baha’u’llah nous convie donc à devenir d’humbles serviteurs de l’Humanité. Le rang de serviteur est un rang de grandeur, dans ce qu’il signifie d’abnégation, de détachement par rapport à notre ego, à nos aspirations matérialistes ou à nos " vaines imaginations " que ce soit en matière d’argent, de titres, de pouvoir…

" Si notre calice est rempli du moi, il n’est point de place pour l’eau de vie. Le fait de nous imaginer que nous avons raison et que tous les autres ont tort est le plus grand de tous les obstacles dans la voie vers l’unité "
(Abdu’l-Baha – Les causeries d’ Abdu’l-Baha à Paris)

Abdu’l-Baha, titre qui signifie lui-même " Serviteur de Dieu " seul titre dont voulait être paré le fils et successeur du fondateur de la Foi baha’ie, nous indique dans quel esprit servir : Servir dans un esprit d’unité. C’est ce principe central qui fonde toutes les actions des baha’is et leur engagement citoyen. Cette citoyenneté n’est pas à comprendre dans les limites étroites d’un pays. C’est seulement en orientant nos consciences sur le fait que "la Terre est un seul pays et tous les Hommes en sont les citoyens", comme le dit Baha’u’llah que nous serons capables de sortir du schéma des conflits dans lequel le monde actuel est enlisé et que nous pourrons construire un état d’esprit de coopération et d’harmonie.

Il ne s’agit pas ainsi d’un mondialisme vaguement humaniste sans véritable contenu, mais d’une réelle volonté de construire des fondations solides d’une civilisation commune à la recherche de la prospérité pour tous. Ce nouveau millénaire implique que nous nous approprions de l’idée selon laquelle, comme l’enseigne Baha’u’llah "notre mérite et notre gloire ne résident pas dans l’amour que nous portons seulement à notre pays mais dans celui que nous portons à l’humanité entière". Cela ne signifie pas de renier la valeur des cultures nationales et de leurs richesses, mais cela nous positionne dans une appartenance identitaire qui n’est ni figée ni fermée, mais au contraire plurielle, fertile et évolutive, dans la conscience d’une appartenance plus vaste et transcendantale, l’appartenance à la famille humaine et la solidarité avec elle. Le temps des souverainetés nationales, des orgueils nationaux qui ont alimenté tant de guerres et crucifié tant d’innocents est révolu.

L’humanité est considérée comme une unité organique, un corps vivant – et donc en évolution permanente- dont chaque partie est reliée à l’autre, dans une cohérence d’ensemble, dans une interdépendance telle que dès qu’une partie, aussi infime soit-elle est touchée, c’est l’équilibre de l’ensemble qui est mis en danger. Si une partie souffre, c’est le tout qui est en souffrance.

L’unité que prône la Foi baha’ie ne signifie pas homogénéité, négation des spécificités et des identités, mais il s’agit d’une unité qui se nourrit de la diversité. Le principe emblème de la Foi baha’ie : unité dans la diversité, va bien au-delà de celui de la cohabitation des différences, de la tolérance et même de celui, plus riche, de la reconnaissance mutuelle. Ce principe est plus créatif. Nous pouvons le comprendre par l’image d’une graine plantée dans un terreau fertile qui s’enrichit de toutes les composantes de ce terreau et des aliments qui la nourrissent et qui devient une nouvelle entité, un arbre, qui va produire à son tour des fruits. C’est-à-dire qu’en acceptant de vivre ensemble, de travailler ensemble, de s’éduquer en permanence pour regarder en face et éradiquer nos préjugés, en acceptant de nous unir au plus profond de notre intimité, nous allons non pas gommer nos identités mais nous en nourrir, non pas pour rester les mêmes et voir en l’autre un rival, mais pour nous transformer mutuellement dans une relation de partenariat qui donnera un résultat plus riche et innovant que ne l’aurait été la somme de nos différences.

Jadis, les États ont démocratisé la guerre, fait du citoyen un conscrit.. Le vingtième siècle fut l’âge des monuments aux morts. L’image du héros était celle de celui qui mourait pour sa patrie sur les champs de bataille.

La Foi baha’ie propose de transformer cette image sacrificielle et de voir l’héroïsme non dans le fait de mourir pour les siens mais dans le fait de vivre pour les autres, pour le service des autres, les malades à soigner, les ignorants à éduquer et les pauvres à qui il faut rendre leur dignité et pour construire un monde de paix et de justice. C’est ainsi que nous voyons notre Foi comme l’expression d’une éthique de la responsabilité et de la solidarité.

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